Prendre de la hauteur, nager dans les étoiles

Pour ce #VendrediLecture, j’ai envie de vous emmener nager dans les étoiles. Après tout, n’est-ce pas ce à quoi nous aspirons tous et toutes naturellement après un débat politique lourd et le lendemain de May The Fourth Be With You ?

« Elle observe le matériel apporté par les ethnographes. Sa langue n’a aucun moyen naturel de désigner une caméra, un micro, un enregistreur numérique : elle a été exilée de ce monde et elle n’est donc plus de ce monde. Elle pourrait trouver des formules pour tous les objets, mais à quoi bon ? Elle aurait beau déployer des trésors d’invention, sa langue n’a pas le pouvoir de s’approprier une idée. Dans les années à venir, ils diront que sa locution « nagueuse dans les étoiles » signifie « astronaute ». Mais ils ne diront jamais qu' »astronaute » signifie « nageuse dans les étoiles ». »

Nager dans les étoiles, Kanishk Tharoor

Nager dans les étoilesSwimmer among the Stars, de Kanishk Tharoor
Nager dans les étoiles, traduit par Francis Kerline
Editions du Seuil, avril 2017

C’est un recueil de treize nouvelles écrites à l’origine pour différents magazines et périodiques. Ce sont des histoires qui se déroulent à différentes époques, dans différents lieux. Je ne pourrais guère mieux vous la présenter que comme ceci :

Quatrième de couverture

Deux ethnologues partis recueillir les mots et gestes de la dernière femme parlant une langue vouée à s’éteindre avec elle. Des diplomates de l’ONU réfugiés dans une station orbitale qui assistent, impuissants, à la disparition de notre planète sous les flots. La rencontre d’Alexandre le Grand et d’une baleine morte au fond des mers. Un éléphant mélancolique, vaincu par l’amour et par les caprices d’une princesse …

En treize histoires enchanteresses, traversant les siècles et les continents, Kanishk Tharoor invente mille et une nouvelles nuits, à la croisée du conte persan, de la fable moraliste et du surréalisme. Héritier cosmopolite de Borges et de Rushdie, Tharoor s’inscrit dans la grande tradition des poètes de l’imagination. D’une plume ciselée, trempée à l’encre de l’émerveillement et d’une ironie douce-amère, il nous fait découvrir le monde et les hommes comme nous ne les avions jamais vus, entre récit de nos triomphes et peinture de nos vanités.

Des contes modernes, intelligents et poétiques

C’est l’œuvre d’un brillant journaliste cosmopolite Kanishk Tharoor, héritier d’une famille connue pour son maniement des mots (que vous connaissez peut-être si vous avez lu Le roman Indien ou encore Show Buisness). Il ne s’agit pas de raconter de simple histoires mais de faire resurgir un sentiment ancien.

Peu importe le lieu, peu importe le temps, il rend ses histoires universelles. Les thématiques sont variées et pourtant elles nous renvoient toujours à la fragilité de l’Homme. Nous assistons à une discussion sur skype dans « Le portait au feu de charbon« , nous prenons notes des derniers mots d’une langue oubliée dans la nouvelle éponyme, nous partons à la conquête de l’Antarctique avec « Brise Glace« , etc …
Les époques ne sont pas toujours précisées et ce qui rend ces contes encore plus universels, c’est que les protagonistes portent rarement de nom. Mais après tout, comme dirait un certain William S. « Qu’y a t-il dans un nom ? Ce que nous appelons rose, par n’importe quel autre nom sentirait aussi bon ».

Il n’y a pas vraiment de moral à ces contes. Ils sont juste un reflet de nos sociétés. En creusant un peu plus, en affinant certaines histoires, l’auteur aurait pu nous livrer de véritable contes philosophiques. Je pense notamment à la nouvelle « Les miroirs d’Iskandar« , inspirée du roman d’Alexandre le Grand. Iskendar est en compétition avec des chinois pour réaliser une magnifique œuvre d’art. A l’abri dans une grotte, Iskendar a l’idée de réaliser une peinture sur le thème des rois et des richesses. Les chinois l’ont copié ! Où plutôt, ils ont tellement bien polie le coin de leur grotte, que la peinture d’Iskandar s’y reflétait. Je ne sais pas si c’est le fait que ça se passe dans une grotte mais ça pourrait être une histoire platonicienne ou une histoire courte de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges !

C’est un petit bijou de poésie, un ouvrage atypique, moderne et intense. Il en dégage une chaleur inouïe, touchante qui vous donnera le sourire pour la journée entière. Que vous le vouliez ou non, vous serez touchés par l’élégance de ces mots. C’est un vrai coup de cœur que je vous conseille de lire et de relire !

En guise de conclusion ou de bonus, parce que ce livre m’y fait penser, je vais vous présenter un poème d’Adrienne Rich écrit en l’honneur de l’astronome Caroline Hershel (et ça ne m’étonnerait pas qu’il rende aussi hommage à une autre astronome Jocelyn Bell, qui a découvert le premier Pulsar). Le voici :


 

Levez le menton, portez haut votre imagination et vous serez prêt(e)s à nager dans les étoiles !

A vendredi prochain pour une nouvelle lecture !

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3 réflexions sur “Prendre de la hauteur, nager dans les étoiles

  1. labiblidonee dit :

    Eh bien merci beaucoup pour cette découverte parce que je n’aurais jamais choisi ce livre de moi-même (je n’aime pas les nouvelles, et les thèmes auraient pu me faire peur). Mais la façon dont tu en parle rend le tout intéressant et poétique, on a l’impression qu’on en ressortira à la fois enchanté et plus intelligent : je prends !

    Aimé par 1 personne

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