How do you get to Wonderland ?

Aujourd’hui, nous allons suivre le chemin de paillettes violettes du lapin blanc ! Je vous emmène de l’autre côté du miroir avec un livre pour adulte à l’estomac bien accroché :

Dernière sortie pour WonderlandDernière sortie pour Wonderland,
L’inavouable histoire de la véritable Alice et de Lewis Carroll, son bourreau
de Ghislain Gilberti
Éditions : Ring – 2017
(dans sept jours Oo)

La quatrième de couverture est franchement racoleuse (un peu trop à mon gout d’ailleurs), mais je vous la donne quand même :

« Durant une free party, Alice Price, étudiante et artiste de la scène électronique underground, goûte à une drogue inconnue. Les effets du produit la dépassent rapidement et, aux frontières de l’overdose, un étrange lapin blanc la propulse au cœur d’un monde parallèle et piégé : l’univers de Lewis Carroll. La chenille, le chapelier fou, le lièvre de mars, le chat du Cheshire, tous les personnages du conte victorien sont là et invitent cette Alice contemporaine dans les sombres mystères de la création du vrai Wonderland.
Les innocents ne sont pas toujours ceux que l’on croit, les alliés sont rares et les périls nombreux. Si elle veut rester vivante, la jeune Alice n’a plus le choix et doit reconstituer le puzzle diabolique de Lewis Carroll.
En brisant le mythe Disney, Ghislain Gilberti s’attaque à un emblème intouchable de l’Angleterre depuis le XIXe siècle : Lewis Carroll, introverti maladif, toxicomane, atteint du syndrome de puer aeternus (1), amateur de photographies pornographiques infantiles, pédophile… C’est sans concession que Dernière Sortie pour Wonderland referme pour toujours la porte du Pays des Merveilles et met un point final à la pudibonderie hypocrite que même Tim Burton n’a pas pu briser avec ses dernières adaptations cinématographiques. »

Que l’on peut résumer ainsi : « Lisez, c’est plus dark que les productions Disney ! »
Seriously ?

Quand à l' »emblème intouchable » … je rappellerais aux éditeurs la règle 34 de l’internet : « Si ça existe, il y en a une version porno », la vision d’Alice de l’artiste Grégoire Guillemin, aka Léon et aussi qu’un des jeux vidéos les plus flippants du monde connu est sur le thème d’Alice in Wonderland. Oh et j’allais oublier, côté littérature, il y a aussi Alice, The chronicle of Alice, qui se passe dans un hôpital psychiatrique, un livre bourré d’hémoglobine, sympa pour Halloween.
De plus, pour ce qui est des relations étranges entre Lewis Carroll avec ses « amies-enfants », véritable objet de fantasme pour l’auteur, il existe des films, documentaires (papiers ou vidéos) et pièces de théâtre qui en parlent (le tout trouvable facilement sur Youtube).

Pour exemple cet extrait 1/4, d’un documentaire de 2015 de la BBC(2) :

Ils auraient pu se limiter au titre et à la présentation de l’auteur, les deux sont épiques et se suffisent en elle pour vendre ce livre :
« Ghislain Gilberti a connu l’enfer de la polytoxicomanie lourde avant de devenir tireur de précision pour l’armée de terre. Auteur des best-sellers Le Festin du Serpent, Dynamique du Chaos et le Baptême des Ténèbres, il est aujourd’hui guéri et vit à Belfort avec ses deux enfants. »
(Merci les éditeurs flippés d’essayer de rassurer le lecteur en rappelant par 2 fois en 4 lignes qu’il est guéri de ses addictions aux drogues).

Avec tout ça, on pourrait faire une quatrième de couv’ plus réaliste et moins lourde :
C’est une énième adaptation d’Alice, réalisée par un ex-drogué qui a fait des recherches sur le côté obscure Lewis Carroll. Attention âmes sensibles, ouvrage polémique, on va y parler de drogues et d’un gros pédopornographe, toxico, atteint du Syndrome d’Alice au Pays des Merveilles (SAPM).
Court, simple, efficace !

Bon, maintenant que vous et moi avons une vision plus honnête de ce pavé de 500 pages, est-ce que ça vaut le coup de le lire ?

Oui, parce que c’est une adaptation fascinante et bien écrite. Vous ne vous rendrez pas compte que vous lisez un pavé (sauf au poids). Vous rentrerez dans un monde plein de couleurs (même si parfois, il y a un peu trop d’hémoglobine, un peu comme dans une série B ou un Tarantino), un univers connu qui continue à alimenter votre curiosité. Néanmoins, plus vous avancerez dans le livre et moins vous aurez envie de lire les passages dits parasites. Ces passages sont des traversées dans le temps pour une Alice adulte du futur qui voit des scènes de vie glauques/puantes de Lewis Carroll imaginée par l’auteur. Plus vous avancerez et plus ces passages deviennent puants, borderline de la fiction érotique pour pédophile.

alf voodoo doll
Peut-être que vous aussi, vous aurez envie de planter une aiguille dans une poupée vaudou à chaque fois que l’auteur vous donnera envie de vomir …

Bref, heureusement vous pouvez lire ce livre en évitant les passages parasites. L’histoire aura alors des allures d’une bonne série B.

Oui, parce que l’auteur s’y connaît un rayon! C’est quand même plus agréable d’avoir affaire à un spécialiste des drogues pour nous vendre un monde comme celui-ci. Certains apprécieront les descriptions réalistes des effets produits par les différentes substances évoquées et le récit d’hallucinations typiques. C’est pertinent et ça permet de comprendre le mécanisme de certaines personnes.

alice smoke

murakami-ryu-ecstasyOui, si vous avez été fasciné par Ecstasy de Ryû Murakami. Un autre livre violent qui parle de trafic de drogue, de culture japonaise, de bondage et des toilettes des camps de concentration nazi (voire les lois d’internet). C’est un livre cru qui vous marquera de façon indélébile.

Oui, si vous êtes capables de dépasser certaines barrières mentales. Je comprends que certains soient choqués par le thème et la manière. C’est une expérience littéraire, c’est un peu comme garder les yeux ouverts lorsque Lynch filme en gros plan un arrachage d’ongle, s’enfiler toute la série des films Halloween ou manger des sushis ou de la langue de bœuf pour la première fois. Si vous survivez à ça, vous n’aurez plus peur et vous oserez affronté le regard d’Osiris au parc Astérix(3) ! Be Brave !

Oui, si votre fascination pour Alice in Wonderland est sans limite. Le récit est très proche de l’original. Certes dans une dimension plus sombre, plus saignante, plus poudreuse, plus cannibale, plus trash, pour adulte. Et on évitera les passages parasites.

Oui, si vous abhorrez cet univers au plus au point et que vous cherchez un mobile plus fort que « j’aime pas les fictions/fantaisies », « j’aime pas le non sens », « c’est trop mainstream », « ça sent le vice » ou encore « j’y comprends rien ». Et là, vous aurez une passion pour les passages parasites.(4) Par contre je vous rappellerais de ne pas prendre les accusations de l’auteur pour argent content, c’est une œuvre de fiction et non pas une recherche documentée. C’est un parti pris artistique basé sur le mythe autour de la personnalité de L.C..

Non, pour les passages parasites. Parce qu’on avait compris dès le début où il voulait en venir sans qu’on nous décrive des scènes de viols avec autant de détails, parce que si on a des « preuves » de pédopornographie (sachant qu’on peut aussi les remettre en cause en considérant le long temps de pose pour les photos à l’époque, véritable enfer pour des êtres aussi mobiles, qui justifie les poses « assoupies », « adossées à un objet » et le délire artistique de l’époque, puisque la nudité enfantine n’avait pas le même sens) avec le livret photos à la fin, on n’a pas les preuves qu’il y ait eu pire (attouchements/viols…), parce qu’on ne voit pas en quoi ça sert la narration … et franchement, quoi ? Ce n’est pas parce qu’on parle/écrit crûment qu’on est obligé de manquer de finesse ! Et le prochain ouvrage ce sera sur qui ? Mickaël Jackson ?
Et sera t-il désigné par les éditeurs comme plus trash que ce dessin animé pour enfant ?

45114520zConcernant le petit dossier photo de Lewis Carroll à la fin du livre… je m’en serais passé largement. Quitte à nous le coller sous les yeux, j’aurais préféré un vrai travail d’archives en y ajoutant les lettres de Lewis Carroll à ses « amies-enfants », un peu comme dans la version illustrée d’Alice de Benjamin Lacombe ou des extraits de son journal intime (ceux auxquels l’auteur fait des clins d’œil sans donner les références par exemple).

>>Pour vous aidez à démêler le faux du vrai sur Lewis Carroll, je vous invite à lire l’article de Marianne : Lewis Carroll au pays des fantasmes (Cliquez ICI).

Pour conclure, je dirais que c’est un ouvrage polémique, attrayant comme un cupcake d’Halloween sur Pinterest et gênant comme un programme de début de soirée sur C8. Même Spock ne pourrait rester de marbre. Je vous aurez prévenu, maintenant libre à vous de plonger ou non dans le terrier poudré du lapin blanc !


(1) Autrement dit « enfant pour toujours ». C’est le syndrome de Peter Pan ou de Mickaël Jackson.
(2) C’est en anglais et chaque partie dure 15 minutes. Si vous souhaitez gagner du temps, je vous résumerais le contenu comme ceci : Une journaliste revient sur le passé de l’auteur et ses amies-enfants et sa création de l’œuvre avec les 3 sœurs Liddell. Elle pose des hypothèses sur ce qui a pu casser les liens entre Lewis Carroll et la famille Liddell : avait-il une relation avec la nounou des filles ? Avait-il des vues sur Lorina, la sœur ainée, ou Alice ? Est ce que la mère cherchait à l’éloigner en vue de marier ses filles avec des hommes de meilleures naissances/issus de la noblesse ? Est-ce qu’il se tapait la mère des gamines?
Que contenaient les pages du journal de L.C. arrachées par ses nièces ? Elle revient ensuite sur cette mode de photographier des gamines à poil durant l’époque victorienne avec l’autorisation des parents comme photo d’art, parfois repeinte, commercialisée. Et bien sûr, sur la collection de L.C. qui est en partie glauque et puisqu’il l’a en grande partie cramée laisse à penser qu’elle aurait été encore plus glauque. Nous n’avons que des présomptions concernant ses relations avec elles.
(3) Ne guérit pas de la peur de mourir empoisonné par la bouffe d’une « belle » tante.
(4) Et puisqu’on parle aussi de Peter Pan, si effectivement vous vous trouvez une passion pour ces passages, je ressort ma référence au film Hook :
« You’re just a mean old man without a mommy » parce que ça explique magnifiquement pourquoi certaines personnes peuvent devenir aussi aigries avec le temps.

8 réflexions sur “How do you get to Wonderland ?

  1. Bel article 😀 ça donne envie de lire cette nouvelle adaptation d’Alice, en plus de Alice, The chronicle of Alice du coup qui m’intéresse aussi.
    Je n’ai jamais lu ce type d’adaptation très sombre du conte alors merci, 2 livres de plus à ajouter à ma liste !

    Aimé par 1 personne

  2. Nous sommes donc dans une thématique Alice in Wonderland…. Je ne suis pas fan de l’original qui m’a toujours mis très mal à l’aise, ce qui pourrait s’expliquer si on considère les théories nauséabondes sur L.C. évoquées ici et dont je n’avais 0as connnaissance.
    L’article est super et très intéressant comme d’hab, mais je ne pense pas rajouter ce livre à ma PAL… Biz

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s