La servante écarlate

Bienvenue dans ce #VendrediLecture sous le signe du Castor,
Ou comment une vanne digne des années 80 me donne l’opportunité de vous parler d’un roman d’anticipation écrit en 1984 sur lequel plane l’ombre de notre Castor national, Simone de Beauvoir.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »
Citation de Simone de Beauvoir, lue dans Cosmopolitan

C’est un des livres les plus commentés sur la blogosphère, un livre régulièrement adapté pour le cinéma ou pour la télévision et distribué dans tous les coins de Paris par une certaine Emma W..
Aujourd’hui, nous allons parler de … :

DSC_0593La servante écarlate,
The Handmaid’s Tale,
de Margaret Atwood,
Taduit par Sylviane Rué
Éditions Robert Laffont 2017

4ème de couverture :
« Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred,  » servante écarlate  » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n’est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n’a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.

 » Les meilleurs récits dystopiques sont universels et intemporels. Écrit il y a plus de trente ans, La Servante écarlate éclaire d’une lumière terrifiante l’Amérique contemporaine.  » Télérama«  »

Lire ce roman est une épreuve, surtout si vous devez évoluer dans un milieu professionnel où le sexisme est parfaitement banalisé, recommandé et justifié. C’est pourquoi je ne l’ai pas lu d’une traite.

Il y a peu de chance pour que vous aimiez ce roman. Pourtant l’écriture est belle, fluide, simple et emprunte d’une certaine légèreté. Et il est nécessaire.
Télérama nous dit qu’il nous éclaire sur l’Amérique contemporaine. Après tout, il y est question de mur, de puritanisme, de sectes, de suppression des droits des femmes en particulier de celui de disposer de son propre corps, de politiques racistes et homophobes, de désastres écologiques entrainant des mutations génétiques, de déportation, etc …
Mais Télérama, nous ne sommes pas à l’abri et nous possédons les exactement mêmes failles.

« Je m’étais fixé une règle: je n’inclurais rien que l’humanité n’ait pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour lequel la technologie n’existerait pas déjà. Je ne voulais pas me voir accusée de sombres inventions tordues, ou d’exagérer l’aptitude humaine à se comporter de façon déplorable. »
Margaret Atwood dans la Postface de la Servante écarlate.

Le climat de ce roman est oppressant et glacial. Il n’y a pas beaucoup d’actions. On y raconte comment une république démocratique a glissé progressivement vers un système totalitaire, Gilead.

« Rien ne change instantanément. Dans une baignoire qui se réchaufferait progressivement, on mourrait bouilli avant qu’on s’en rendre compte. Il y avait des histoires dans les journaux, bien sûr, de cadavres dans des fossés ou des forêts, matraqués à mort ou mutilés, violentés comme ils disaient, mais ils s’agissaient d’autres femmes et les hommes qui faisaient ces choses-là étaient d’autres hommes. Aucun ne faisait partie des hommes que nous connaissions. Les articles de journaux étaient pour nous comme des rêves, de mauvais rêves, rêvés par d’autres. »
La servante écarlate, Margaret Atwood

Gilead est une dictature puritaine, mise en place suite à une crise économique, politique, écologique et religieuse.

« C’était après la catastrophe, quand ils ont abattu le Président, mitraillé le Congrès et que les militaires ont déclaré l’état d’urgence. Ils ont rejeté la faute sur les fanatiques islamistes, à l’époque. […] C’est à ce moment-là qu’ils ont suspendu la Constitution. Ils disaient que ce serait temporaire. Il n’y a même pas eu d’émeutes dans la rue. »
La servante écarlate, Margaret Atwood

Elle est dominée par les hommes et la religion. Ceux et celles qui ne collent pas au système sont déportés ou exterminés.

handmaid tales
Source

Les femmes sont rééduquées et réparties en fonction de leur capacité à procréer et de leur capacité à porter allégeance au régime dans les catégories suivantes :
Les femmes des colonies, en robe grise : travaillent dans les champs de cotons ou dans les décharges toxiques.
Les Jezebels, en habits de théâtres dégarnis : vendent leur charme dans des hôtels des banlieues des villes, loin de la vue des autres femmes.
Les Marthas, en vert : réalisent les tâches ménagères.
Les épouses, en bleu : sont maîtresses de leur foyer.
Les servantes, en rouge : assurent la reproduction de l’espèce et prennent le nom de leur maître.
Les jeunes filles, en blancs : attendent l’âge de procréer pour se marier.
Les tantes, en marron : éduquent et veillent au respect des règles du régime.
Les éconofemmes, aux robes multicolores : ont épousé des hommes pauvres et doivent donc réaliser toutes les fonctions des autres femmes.

Les hommes, en tenues militaires ou para-militaires, peuvent être :
commandants de la foi : ont du pouvoir et beaucoup de personnel à la maison.
des Yeux : qui font ce que font des yeux, observer et balancer
des Anges : des soldats
des Gardiens de la foi : font la police au sein de Gilead.
Il leur est aussi permis d’exercer une activité comme chauffeur ou médecin.

Nous percevons de ce monde uniquement au travers des yeux d’une servante écarlate qui appartient à un certain Fred. Sa motivation première est de survivre. Alors comme la majorité des français pendant la seconde Guerre Mondiale, elle ne se rebelle pas, elle ne collabore pas. Elle survit et espère retrouver ceux de sa vie d’avant. Alors oui, ça crée un paradoxe. Elle est à la fois chiante et attachante.

Cette dystopie est bourrée de pistes de réflexions sur la mise en place d’un régime totalitaire. Ce livre ne concerne pas uniquement les femmes WASP, mais l’ensemble de l’humanité. Notre société a dans ses fondements les éléments qui peuvent mettre en place un tel système. Mais elle a aussi les éléments qui peuvent l’amener vers une société meilleure, comme celle qui étudie ce conte à la fin du livre.

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Je ne peux que vous conseiller sa lecture mais à tête reposée, sans a priori et en ayant conscience de la charge émotionnelle qu’il contient. Vous ne l’aimerez pas forcement, mais il vous transcendera et quand vous le finirez vous vous sentirez libéré de son poids, mais vous n’aurez aucun regret.

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12 réflexions sur “La servante écarlate

  1. J’ai hésité longtemps entre regarder la série et lire le roman. Comme je n’étais pas « motivée » pour le lire et ayant plein d’autres livres à lire déjà chez moi, j’ai opté pour la série. Je me sentais vraiment mal à l’aise en la regardant mais j’ai quand même vu les 10 épisodes en deux jours. Je voulais absolument comprendre comment une société comme la notre (à base de Uber et Tinder pour moderniser l’intrigue) peut être retournée aussi violemment sans protestation. J’ai vraiment été fascinée par cette histoire qui est comme tu le dis nécessaire. Je ne sais pas si je lirai le livre mais ton article était tellement intéressant avec toutes les citations que j’en ai appris d’avantage. Merci pour ta chronique 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. J’ai eu du mal à lire ce roman. Très long et descriptif là ou j’aime l’action et le rythme. Pourtant, c’est une lecture intéressante puisque comme tu le soulèves, il pousse à la réflexion. Par contre, je l’ai lu après avoir commencé l’adaptation en série par Bruce Miller, et je l’ai regretté … ça accentue encore plus la lenteur du livre puisque la série avance, en seulement quelques épisodes, beaucoup plus vite.

    Aimé par 2 personnes

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