En attendant Bojangles

« Certains ne deviennent jamais
fous… Leurs vies doivent être bien
ennuyeuses. »
Charles Bukowski

Pour ce #VendrediLecture, je vous invite à danser sous les étoiles sur un air de Nina Simone.

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En attendant Bojangles
d’Olivier Bourdeaut
Editions : Gallimard

4ème de couverture :

« Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

L’optimisme des comédies de Capra, allié à la fantaisie de L’Écume des jours. »

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas Mr Bojangles de Nina Simone, ça ressemble à ça :

C’est une chanson écrite par l’artiste de country Jerry Jeff Walker en 1968. Elle raconte l’histoire de la rencontre entre J.J. Walker et un artiste de rue dans une prison de la Nouvelle-Orléans. Cet artiste se faisait appeler Mr Bojangles pour dissimuler sa véritable identité à la police. Il avait été cueilli avec des tas d’autres indigents dans la rue suite à une histoire de meurtre. Pour combler l’ennui, les hommes se sont mis à discuter de tout et de rien. Et puis, Mr Bonjangles a commencé à parler de son chien mort il y a 20 ans. Il pleurait toujours sa mort. Une histoire belle et triste qui a cassé la bonne ambiance de cette prison. Alors quand quelqu’un dans la cellule à demander à ce qu’on allège cette atmosphère, Mr Bojangles s’est mis à faire des claquettes. Danse Mr Bojangles !

Je ne sais pas pour vous mais je trouve l’histoire de cette chanson magnifique. Additionnée à une couverture étoilée avec des danseurs adorables (1), une référence à Boris Vian en 4ème de couverture, une épigraphe de Bukowski sur la folie et un démarrage brillant, je m’attendais à du lourd.

« Mon père m’avait dit qu’avant ma naissance, son métier c’était de chasser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écrasée.
– J’ai arrêté car c’était très difficile et très mal payé, m’avait-il affirmé en rangeant son ancien matériel de travail dans un coffret laqué. Maintenant j’ouvre des garages, il faut beaucoup travailler mais c’est très bien payé. »
En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

Et c’est comme ça, qu’on entre dans l’univers fantasque d’une famille qui a décidé de faire la guerre à l’ennui. Cette famille composée d’un père, ayant fait fortune dans la revente de garage, d’une mère au foyer excentrique, d’une grue de Numidie nommée Madame Superfétatoire et d’un jeune garçon qui a décidé de foutre un pied au cul de la raison, évolue dans un appartement et une ambiance qui rappelle l’univers de Fitzgerald. Elle vit à la fois dans l’imagerie des années Folles et à la fois dans l’actualité des années 1990.

L’histoire est racontée par l’enfant du couple et entrecoupée d’extraits des carnets du père. Il y a de la fascination, de l’incompréhension. Le ton est empreint de poésie, accentuée par des rimes et des figures de style qui rappellent de loin en plissant les yeux Boris Vian un jour de pluie. Il y a même un soupçon d’humour.

Et c’est à ce moment, que je me rends compte que pour partager mon expérience de lecture, je suis obligée de vous spoiler un peu l’histoire. Alors si vous n’avez pas encore lu ce livre et désirez en savoir le moins possible, filez tout de suite à la conclusion ! 😉

/Alerte Spoiler

« – Pauline, où sont mes espadrilles ?
Et Maman répondait :
– A la poubelle, Georges ! C’est encore là qu’elles vous vont le mieux !
Et Maman lui lançait :
– Georges, n’oubliez pas votre bêtise, on en a toujours besoin !
Et mon père répondait :
– Ne vous en faites pas, Hortense, j’ai toujours un double sur moi ! »
En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

Madame a un nouveau prénom chaque jour et rêve de concrétiser l’expression avoir un château en Espagne, alors Monsieur lui offre. Leur enfant raconte tout ce qu’il entend à la maison à l’école et se fait traiter de menteur et se voit obliger de mentir à la maison parce que la vie est trop ennuyeuse pour qu’on la raconte comme ça.
Sur le papier, c’est gentil mais un poil malsain.

Après les deux premiers chapitres qui m’ont vendu le rêve d’une lecture parfaite, j’ai perdu pied dans cette lecture au point de me dire que j’allais peut-être l’abandonner à son sort. Les personnages étaient creux, un poil prétentieux, leur amour semblait superficiel au possible, la voix de cet enfant était devenu trop nasillarde, tout était surfait et l’histoire traînait en longueur. C’est comme si quelqu’un me prenait par la main et me disait : « Hey! Regardez, on est complètement fou ! Nan, mais genre vraiment ouf, vous voyez ! C’est marrant, nan ? Regarde, on est tellement fou qu’on a oublié de payer les impôts ! Nan, mais c’est dingue ».

Ce qui était sensé être folie douce, fantaisie, excentricité flirtait dangereusement avec la banalité et la redondance .

Bref, j’avais le sentiment de lire une histoire de cassos avec des gros moyens, toujours branché sur le même dique et ayant refusé le concept de responsabilités.
La mère me semblait irresponsable et égoïste, le père plutôt lâche et alcoolique, et l’enfant perdu au milieu de tout ça. J’avais le sentiment qu’ils n’aimaient personne et étaient entourés d’Ordure.

Ordure, c’est le surnom de leur meilleur ami qui donne toujours de très bons conseils :

« – Mon petit, dans la vie, il y a deux catégories de personnes qu’il faut éviter à tout prix. Les végétariens et les cyclistes professionnels. Les premiers, parce qu’un homme qui refuse de manger une entrecôte a certainement dû être cannibale dans une autre vie. Et les seconds, parce qu’un homme chapeauté d’un suppositoire qui moule grossièrement ses bourses dans un collant fluorescent pour gravir une côte à bicyclette n’a certainement plus toute sa tête. Alors, si un jour tu croises un cycliste végétarien, un conseil mon bonhomme, pousse-le très fort pour gagner du temps et cours très vite et très longtemps!
Je l’avais beaucoup remercié pour ses conseils philosophiques.
– Les ennemis les plus dangereux sont ceux qu’on ne soupçonne pas! avais-je déclaré reconnaissant. »
En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

Le moment même où cette famille bascule de folie douce-heureuse à folie dure m’a laissé froide. Y a-t-il seulement eu un basculement ?
Tout se serait mieux passé si on n’avait pas étiqueté le mot folie à tous les faits et gestes de cette famille. Ce livre était à deux doigts d’offrir une réflexion sur la normalité/la marginalité, sur le concept de folie. Mais, nan, pourquoi faire ?

J’ai fait une pause et j’ai décidé de continuer malgré tout ma lecture parce que zut, ce livre ne fait que 160 pages et puis l’histoire de Madame Superfétatoire valait à elle seule que j’aille jusqu’au bout de cette histoire !

Et puis, arrivé page 101, il y a eu une échappée belle jusqu’à la fin, un instant de grâce. L’amour, la beauté, la passion et la folie sont revenues, bouleversant tout sur leur passage. Certes la fin est plutôt attendue et manque de culot mais elle est touchante.
Il aura fallu du temps, trop de temps pour que toutes ces danses prennent enfin du sens, pour que mon intérêt pour ces personnages renaissent.

J’aurais aimé que tout ce roman soit dans la même veine afin de m’attacher plus tôt aux personnages. C’est une lecture que j’ai aimé mais qui m’a démangé sur une trop grande partie : trop de longueurs et trop d’irrégularité dans la qualité d’un texte souvent trop poussif.

/fin de l’Alerte Spoiler.

Pour conclure, En attendant Bojangles, c’est une valse monotone qui finit en tango sensuel et chaleureux. J’ai eu beaucoup de mal à entrer réellement dans cette histoire au point de penser abandonner ma lecture. J’ai du me faire violence pour continuer jusqu’à une fin qui ne rattrape pas tout mais contient des instants magiques. C’est une lecture en demi teinte qui aurait mérité d’être plus travaillée. Quelque part, ça me fait penser à un travail de dissertation : quand on soigne bien son introduction et sa conclusion pour être sur d’avoir au moins la moyenne.

Ce roman a été adapté pour le théâtre et est joué actuellement au Théâtre de la Pépinière à Paris. Je n’ai pas eu l’occasion de le voir mais n’hésitez pas à m’en parler en commentaire si vous l’avez vu !

Je vous dis à Vendredi prochain pour une nouvelle histoire,
en attendant, dansons !

Extrait retouché du film Easy Virtue, Un Mariage de rêve de Stephen Elliott.

(1) Si vous avez lu On achève bien les chevaux d’Horace McCoy, vous savez qu’il faut se méfier des couvertures toutes mignonnes avec des danseurs. Parfois, elles cachent des histoires sombres, poignantes et douloureuses. Je ne regrette pas d’avoir lu On achève bien les chevaux qui évoque parfaitement bien une période douloureuse et cynique de l’histoire des Etats-Unis : les marathons de danse organisés dans les années 1930, lors de la Grande Dépression voyant s’affronter durant des jours, voire des mois, des danseurs pauvres rêvant de gagner la prime promise (ils ne pouvaient s’arrêter que 10 minutes toutes les 2 heures pour manger ou dormir). Bref, une torture. Et là, vous vous dites : « ok, c’est une histoire horrible mais c’est une histoire ancienne, on a mûri depuis ».
Et bien si j’en crois un couple qui s’est embrassé pendant presque 60 heures sans répit pour gagner 2500 euros et deux bagues (pour plus de détail, je vous invite à jeter un œil à cet article du Point), je vous dirais que l’humanité a une mémoire de poisson rouge.

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17 réflexions sur “En attendant Bojangles

  1. J’en entends beaucoup parler, j’ai passé la partie spoiler. En tous cas c’est la première fois que je lis un avis en demie teinte. Au moins je vais un peu revoir mes attentes à la baisse qui devraient faire le plus grand bien à cette future lecture!

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    • C’est un livre qui a eu énormément de publicité. Mals ça reste un premier roman, avec un auteur qui se cherche, qui imite, qui est irrégulier dans son contenu. Peut être qu’un jour, il méritera vraiment les éloges que lui font les actuels services de presse. Il a beaucoup de potentiel !

      Aimé par 1 personne

  2. J’en ai beaucoup entendu parler, et autant les trucs barrés, ça me parle, autant là, ça me fait mais alors pas du tout envie… par contre, On achève bien les chevaux a été chroniqué par Lemon June, et je dois dire que je suis curieuse… m’enfin, faut quand même être dans de très bonnes dispositions parce que ça a l’air douloureux comme lecture ! 🙂

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    • On achève bien les chevaux, c’est une lecture de printemps. Quand t’as la banane, qu’il fait beau, que tu déborde d’optimisme, de joie de vivre, les cerisiers sont en fleurs,waoh c’est trop beau. Bref,il est à lire quand tu cherches une lecture pour qu’on sente pas trop que tu pètes un câble de joie intérieure. J’irais voir la vidéo de Lemon June !
      Et pour En attendant Borjangles, je dirais qu’il est faussement barré. Il s’est juste mis un trait d’eyeliner néon pour faire genre (ça se sent que je me suis retrouvé dans une pièce où il y a Cristina à la télé ?) ! 😉

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      • Les livres qui en font trop me font peur. C’est comme une copine ringarde qui est obligée de te répéter toute la soirée qu’elle est « trop folle dans sa tête » parce que sinon on s’en rendrait pas trop compte. Les bouquins qui me disent : « t’as vu hein, je suis hyper non conventionnel », ça me refroidit un peu… mais je te fais confiance !

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  3. Bon… Alors voilà, je n’ai pas lu le spolie car je VIENS d’acheter ce livre !! Mais tu me casse un peu mon enthousiasme là. Parce que j’ai été amoureuse de la couverture dès sa sortie, mais je ne voulais pas l’acheter ayant peur que le contenu ne me corresponde pas. J’ai fini par craquer la semaine dernière à force de lire des avis élogieux… Bon allez, au pire, il est court ! Et au moins je peux lire tranquille on achève bien les chevaux, que j’ai reposé chez le libraire après des années de « je le prends, je le repose » 😉

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