Adaptations improbables : quelques reprises asiatiques de chansons françaises

Des pépites se cachent à chaque détour d’internet, et aujourd’hui je vais vous en présenter quelques-unes, trouvées par hasards lors de mes pérégrinations en lignes. Il s’agit de 3 reprises asiatiques de chansons françaises, dont vous n’auriez jamais pu imaginer qu’elles existaient !

1. Je m’appelle Hélène, de Joi Chua (蔡淳佳)

42be3b587e3968c0a051a67b71077313.jpg

Non, vous ne rêvez pas ! Le tube Je m’appelle Hélène, interprété par Hélène Rollès et sorti fin 1993 en France, a bien été repris environ une décennie plus tard par une chanteuse originaire de Singapour. Bien que l’adaptation en chinois n’ait pas été aussi populaire dans l’Empire du Milieu que l’original en France, elle a quand même eu suffisamment de succès pour qu’une chaine de télévision chinoise finisse par inviter Hélène Rollès sur son plateau ! Cette dernière y a interprété le titre en VO.

Clip : https://www.youtube.com/watch?v=I58lzn5PBF4

Hélène sur BTV : https://www.youtube.com/watch?v=EDRSO9U4-m8

2. Le lundi au soleil, de Kenzo Saeki (サエキ)

510gt3wcglL._SL500_AA280_.jpg

Cette fois, dirigeons-nous vers le Pays du Soleil levant pour une adaptation haute en couleur du célèbre titre de Claude François, Le lundi au soleil. Kenzo Saeki, le chanteur ayant repris ce tube en 2008 pour la compilation Cloclo made in Japan, a également interprété une version japonaise de Magnolias for ever pour cette même compilation. 5 ans plus tôt, il sortait un album en hommage à Serge Gainsbourg : L’homme à la tête de Sushi.

Clip : https://www.youtube.com/watch?v=SG16fQcZzaY

3. Nuit de folie (숑크숑크숑), de Jo Hye Ryun (조혜련)

Last but not least! Le titre Nuit de folie ne vous évoque peut-être rien, mais l’air, je suis sûre que vous le connaissez ! « Et tu chantes, chantes, chantes ce refrain qui te plait, et tu tapes, tapes, tapes, c’est ta façon d’aimer… » Ça y est, ça vous revient ? Cette chanson kitsch typique des années 80 a fait un carton à la fin de la décennie. Et aussi étrange que cela puisse paraître, elle a été adaptée par une chanteuse coréenne qui ne s’est pas trop foulée niveau paroles, puisqu’elle s’est contentée de retranscrire phonétiquement celles de la chanson française originale. Les paroles coréennes n’ont donc strictement aucun sens ! Et c’est sur ce clip vraiment très drôle à écouter, avec un fort accent — et un peu flippant à regarder —  que je vous laisse 😉 Bon visionnage !

Jo-Hye-Ryun-Nuit-de-folie.jpg

Clip : https://www.youtube.com/watch?v=9lPqJGLRpdA

Sources :

Publicités

La journée internationale de la femme… en Chine

La Chine, ce pays tristement connu pour ses infanticides de petites filles, ne doit certainement pas faire grand cas de la journée mondiale de la femme… Eh bien, détrompez-vous !

Baidu.jpg
Page d’accueil du moteur de recherche chinois Baidu, avec son doodle spécial journée internationale de la femme, le 8 mars 2017.

Voilà bien une de ces nombreuses journées de ceci ou de cela à laquelle je n’avais jamais vraiment accordé d’importance lorsque je vivais en France. Mais ce matin, à la fin de mon cours (j’enseigne dans une université chinoise), une étudiante vient me voir pour m’offrir un gâteau acheté par le délégué de la classe. La raison de ce présent inattendu ? Aujourd’hui, c’est la journée de la femme. En effet, contrairement à la France, en Chine, ce jour est célébré et pris très au sérieux !

2b44583f4c94a1709c730a471ec5d974.jpg

Le 8 mars, les femmes sont ainsi mises à l’honneur. Dans les entreprises, elles peuvent bénéficier d’une demi-journée de congé (enfin… depuis 5 ans 1/2 que je vis ici, je n’en ai jamais entendu parler ni été témoin. Cela doit donc n’être que théorique). Dans les universités, des activités sont organisées par et pour les étudiantes la veille du jour J, qui est appelée la journée des filles (女生节, nǚshēngjié). Elles peuvent notamment mettre en place un « arbre à souhait » sur les branches duquel elles accrochent des petits bouts de papier sur lesquels sont inscrites leurs volontés. Aux garçons à les réaliser ! 😉 Et bien sûr, les magasins profitent de la fête pour lancer des promotions sur les produits féminins… et parfois aussi masculins : cosmétiques, vêtements, nourriture, objets à usage quotidien, etc.

Sans titre.jpg
Page d’accueil du site chinois de vente en ligne TMall, le 8 mars 2017.

Cette journée est également une sorte de deuxième Saint-Valentin. Les femmes reçoivent cadeaux, cartes, fleurs ou chocolats de la part de leurs maris ou petits amis. En réalité, tous les hommes de leur entourage sont susceptibles de leur montrer toutes sortes d’attentions, père et fils inclus. Parfois même, les garçons de la classe achètent de petits cadeaux pour leurs camarades du sexe opposé, car même lorsqu’il n’y a pas de relation amoureuse ou familiale, les garçons se montrent attentionnés vis-à-vis des filles !

Voilà, j’espère que ce court article vous aura appris beaucoup de choses sur l’Empire du Milieu et comment on y fête la journée internationale de la femme. Si vous souhaitez en savoir plus, vous pouvez consulter ce lien en anglais : http://www.chinahighlights.com/festivals/women-day.htm.

妇女节快乐!(fùnǚjié kuàilè, bonne journée de la femme !)

Anglais d’aujourd’hui, français d’hier (2) : « jean », « jeans » et « denim »

En France, nous sommes actuellement en pleine période de soldes et j’imagine que beaucoup d’entre vous en ont profité (ou vont en profiter) pour se racheter des pantalons. Dans le lot, je suis prête à parier qu’il y avait — ou y aura — au moins une paire de jeans, si ce n’est plus ! Le nom de ces pantalons a clairement été importé tel quel de la langue de Shakespeare. Mais le mot anglais, lui, d’où vient-il ?

1280px-Group_at_Piazza_del_Popolo,_Rome.jpg

À l’origine, le terme jean désignait une sorte de tissu de coton teint en bleu et utilisé pour fabriquer des vêtements puis des sur-vêtements (portés par de nombreux travailleurs par-dessus leurs habits). Au Moyen-Âge, on manufacturait cette étoffe un peu partout en Europe, mais la plus réputée venait de Gênes, en Italie. Par la suite, elle fut imitée et améliorée à Nîmes, dans le sud de la France.

1024px-Collage_Genova.jpg
Gênes, Italie

Le nom français de la première ville aurait inspiré celui du tissu en anglais, le jean, qui a lui-même donné celui des pantalons blue-jeans par la suite. Quant à celui de la deuxième, il servait à qualifier des étoffes qui en étaient originaires ou qui avaient été faites selon le procédé développé dans cette cité : les sergés de Nîmes, ce qui donna denim en anglais.

Nîmes,_Centre_ville.jpg
Nîmes, France

Ainsi, les termes anglais jean, jeans et denim, tous utilisés à l’identique en français, sont en fait issus de cette même langue. Comme la différence de sens entre les 3 ne saute pas aux yeux, je vous la résume (et vous la complète) ci-dessous :

Manifattura_genovese,_abito_da_festa_in_tela_di_genova_(jeans),_1850-1900_ca..JPG
Robe genevoise du XIXe siècle en jean

Jean désigne un tissu de couleur unie (traditionnellement bleu), solide, mais rugueux, et utilisé pour fabriquer des habits, puis, au XIXe siècle, des survêtements portés par les travailleurs au-dessus de leurs tenues quotidiennes.

Jeans.jpg
Jeans en denim

Denim est également le nom d’un tissu, mais celui-ci diffère légèrement du jean. En effet, sa couleur n’est pas unie (certains fils sont teints, traditionnellement en bleu, alors que les autres sont blancs ou écrus). Il est aussi nettement plus confortable.

Jeans, enfin, désigne des pantalons en jean à l’origine, mais qui désormais sont faits en denim.

 

Sources (images) :

Sources (texte) :

Bonne année du coq ! 鸡年快乐!

Comme vous le savez peut-être déjà, le Nouvel An chinois a eu lieu hier. Nous sommes entrés dans l’année du coq : 鸡年 (jinian, prononcé approx. djinienne).

850_400_nouvel-an-chinois-2017.jpg

Que font donc les Chinois lors de ce grand événement qui équivaut grosso modo à notre Noël en Chine ? Tout d’abord, ils voyagent. Pour passer les fêtes en famille, les Chinois traversent parfois le pays d’un bout à l’autre, de là où ils travaillent à leur ville ou patelin de naissance. Cela donne lieu à la plus importante migration humaine au monde. Rien que ça. Les Chinois ont en effet le droit à une semaine de congé pendant le Nouvel An, appelée la semaine d’or et plus connue sous son nom anglais de golden week (黄金周, huangjinzhou en chinois). Par conséquent, tout le monde se retrouve à prendre les transports en même temps, notamment le train.

30CD88D700000578-0-image-a-14_1454407547435.jpg
Une gare à Hangzhou, juste avant le Nouvel An 2017 (dailymail)
30CD6B7E00000578-0-image-a-1_1454407409938.jpg
Plus d’une centaine de milliers de personnes attendent devant une autre gare, à Guangzhou (dailymail)

Maintenant que votre bouche est grande ouverte d’étonnement et d’effroi, parlons de ce que font les Chinois une fois rentrés chez eux : la fête. Ils mangent et boivent en famille. Certains mets sont particulièrement appréciés, incluant :

f10dd64230c54f5db6fbb6cc_300x200.jpg
Rouleaux de printemps

les nouilles, qui symbolisent la longévité en raison de leur longueur ;

le poisson, dont le caractère (yu) se prononce presque comme (yu) signifiant abondant ou enrichir ;

les rouleaux de printemps, dont le nom provient de celui du Nouvel An chinois, appelé plus communément « Fête du Printemps » en Chine ;

raviolis.jpg
Raviolis chinois

les raviolis (surtout dans le nord), dont la forme évoque celle des lingots d’argent chinois ;

maxresdefault.jpg
Boulettes de riz gluant

les boulettes de riz sucrées (surtout dans le sud), constituées de riz gluant et contenant un liquide sucré, généralement à base de sésame noir.

Le soir, beaucoup de Chinois regardent la grande émission spéciale Nouvel An de CCTV, la principale chaîne de télévision chinoise. Puis, pendant la nuit, commence ce que les Chinois appellent la « troisième guerre mondiale ». Un nom difficile à comprendre pour qui n’a pas vécu les feux d’artifice du Nouvel An. À côté, nos spectacles pyrotechniques du 14 juillet paraissent un peu minables… En effet, en Chine, ça explose de partout. Ça sent le brûlé et quand on sort dans la rue, on a du mal à y voir clair à cause de la fumée omniprésente, il y a énormément de bruit, et l’on reçoit régulièrement des projections. Ce n’est pas très rassurant… Tous ces bombardements de fusées donnent l’impression de se trouver au beau milieu d’un champ de bataille, d’où son surnom de troisième guerre mondiale (pour vous aider à réaliser l’ampleur du phénomène : https://www.youtube.com/watch?v=qak8OOAIzIs).

Enfin, unIMG_20160126_231137.jpge autre tradition incontournable de cette fête est celle des hongbao (红包), ou enveloppes rouges en français. Ce sont des petites enveloppes dans lesquelles sont cachés des billets de banque et qui sont généralement offertes aux enfants.

Bien sûr, beaucoup de choses restent à dire sur cette grande célébration, mais ce sera peut-être pour une prochaine fois !

鸡年快乐!Jinian kuaile ! (djinienne kwaille-leu)

Sources (images):

Anglais d’aujourd’hui, français d’hier (1) : «foreign»

En anglais, l’adjectif étranger, dans le sens de « venant d’un autre pays », se traduit par foreign. Ainsi parle-t-on d’un foreign country pour un pays étranger, d’un foreign student pour un étudiant étranger, ou d’une foreign policy pour une politique étrangère. A priori, rien à voir avec le français, donc. Et pourtant…

Afficher l'image d'origine

Que représente l’image ci-dessus ? Il s’agit bien sûr d’une fête… foraine. Ce mot ne vous rappelle-t-il rien ? En effet, foreign vient bien de l’ancien français forain qui signifiait « de l’extérieur » et qui ne subsiste plus que dans de très rares locutions juridiques ou populaires comme fête foraine, marchand forain, ou tout simplement forain. (Dans ce dernier cas, il s’agit en réalité de l’adjectif substantivé, c’est à dire qui a été transformé en nom.)

Ainsi, au Moyen-Âge, le terme forain désignait précisément ce qui était étranger, comme en anglais moderne. Cependant, attention ! Le concept d’étranger n’était pas exactement le même qu’aujourd’hui. À l’époque, venir d’une région ou d’une localité différente suffisait pour être considéré comme forain. Les fêtes foraines sont ainsi des fêtes qui se déplacent, allant d’une ville ou d’un village à un autre, et qui viennent donc bien de l’extérieur par rapport aux habitants. De même, on qualifie les marchands de forains lorsqu’ils viennent d’une localité ou région différente, et non parce qu’ils participent à des foires, comme le veut l’étymologie populaire !

 

Afficher l'image d'origine

La foire. Enluminure (34x26mm). Thomas III de Saluces, Le chevalier errant, vers 1400-1405. BnF

 

Pour résumer, forain signifiait « étranger » en ancien français et était utilisé dans de nombreuses expressions. Il est ensuite passé dans la langue de Shakespeare aux environs du XIIIe siècle. Là, il est resté largement utilisé dans son sens premier jusqu’à aujourd’hui, même s’il ne s’applique maintenant qu’à ce qui est issu d’un autre pays, et non plus d’une autre région ou ville. Pendant ce temps, le terme d’origine disparaissait progressivement de la langue de Molière pour ne plus subsister que dans quelques locutions et être remplacé par le mot « étranger ».

 

Sources

Texte

Images

Pourquoi le thé s’appelle-t-il « thé » ?

Cher lecteur, chère lectrice qui êtes en train de boire (ou pas…) une bonne tasse de thé en lisant cet article, savez-vous seulement pourquoi cette exquise boisson s’appelle « thé » ?

Afficher l'image d'origine

 

Vous aurez sûrement remarqué que dans de nombreuses langues européennes, le nom de ce breuvage est très semblable (voire identique, en ce qui concerne la prononciation) : thé en français, tea en anglais, tee en allemand, en espagnol et en italien, pour ne citer que quelques exemples. Toutes ces dénominations partagent évidemment une même origine. En l’occurrence, il s’agit du mot néerlandais thee.

Mais pourquoi donc les mots européens désignant le thé viennent-ils du néerlandais, me demanderez-vous ? La raison en est simple : ce sont les Hollandais qui introduisirent ce breuvage en Europe au début du XVIIe siècle, et non un célèbre héros gaulois en visite chez les Bretons ! 😉

Afficher l'image d'origine

Je sais ce que vous êtes en train de vous dire. Mais pourquoi diable les Néerlandais appelèrent-ils ça du thee ? C’est parce qu’ils s’en étaient procuré à Java, en Indonésie, et que là-bas, le nom du thé est… (roulements de tambour)… te. Ce mot malais est lui-même issu d’une autre langue qui, elle, est parlée en Chine, dans la province du Fujian : le minnan. Dans cette langue, le mot se dit dei et s’écrit . Ce caractère est exactement le même que celui utilisé en chinois mandarin, seule la prononciation diffère (chá).

Résultat de recherche d'images pour "caractère 茶"

Voilà, maintenant vous en savez un peu plus sur l’origine du nom de cette boisson. N’hésitez surtout pas à utiliser les informations de cet article pour briller en société… autour d’une bonne tasse de thé !

 

Sources

Texte

Images

 

Pour aller plus loin…

Pour ceux d’entre vous qui seraient curieux et téméraires, vous pouvez entendre le mot 茶 prononcé en mandarin et en minnan respectivement ici et là. Cliquez sur les flèches bleues comme indiqué ci-dessous (encadrées en rouge) :

Prononciation.png

Prononciation2.png